24.07.2007

Une sensation de vacuité

 

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A l’aube naquit l’homme creux, dépouillé de mémoire. Un être sans rides et sans âge puisqu’il n’y a pas de temps pour qui n’a pas d’histoire. Jamais il ne verra son reflet dans la glace sur la place de la vie qu’il parcourt lentement à la recherche vaine d’autre chose que lui, d’autre chose que rien.
L’homme creux réveille les peurs qui sommeillent et les terreurs qui veillent, il creuse les blessures et fait mal aux douleurs qui ne l’habitent pas.
Son souffle brûlant, et rauque comme une plainte inhumaine, l’emportera peut-être.
Par lui-même englouti jusqu’aux tréfonds de lui, ultime sensation de vacuité, de vie sans vie.

 

pour Les impromptus littéraires

 

20.07.2007

Un rêve étrange

                                 

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J’ai un stock assez cocasse
De petits rêves étranges
Que je range et que je classe
Dans mon placard à saussure
Des rêves en horde
Qui mordent
Des rêves en tics
Qui piquent
En toc
Qui font des cloques
Et en œuf à la coque
Façon winnicott

 

pour Les impromptus littéraires

 

 

25.06.2007

La crise d'angoisse

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Ma mélancolie c’est lui
C’est lui qui ronge mes mains
Et qui m’étrangle avec ses pieds
C’est mon état limite illimité
C’est lui mon amertume
Mes jours moroses
Ma crise d’angoisse
Mon manque d’espace
J’ai son écho dans ma peau
Ma peau de chagrin
Peau d’âne et peau de lapin

pour les Impromptus littéraires

 

09.06.2007

A condition que tu m'en donnes

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Ca me fait de l’effet
Je le confesse
Et c’est très fou j’avoue
J’admets sans peine
Que ça fait mal
Et je reconnais
Qu’il faut que ça cesse
Alors voilà, oui, j’abandonne
A condition
Que tu m’en donnes

 

17.04.2007

Les facteurs nocturnes

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Les facteurs nocturnes
Ne sonnent pas chez moi
Ils s’insinuent, s’infiltrent
S’introduisent
S’entêtent sans scrupules
Noctambules
Pilleurs de rêves
En tenue de sommeil

pour les impromptus

06.03.2007

La tentation de Sarah

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Si tant est qu'elle fut tentée de tâter

Sarah tint tout éteint quand tout se tut

Tenterait-elle de tâter tout éteint

Si tant est qu'elle tenterait de tâter ?

Tout éteint elle se tut et se tint sans tenter

Tâtera pas qui tentera de tâter tout éteint

 

pour Les impromptus

 

27.02.2007

Le cadeau surprise

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- Chéri ?

- Oui ?

- Tu sais la surprise dont tu me parles

depuis l’année dernière ?

- Oui ?

- Je n’en veux plus ..

 

pour les impromptus

26.02.2007

Jardin d'hiver

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Je voudrais un âne

Dans ce jardin d'hiver

Un âne, pas un hamster

Un nain de jardin en terre

Pour les intempéries

Un banc en fer

Où l'on est bien assis

Pour y poser mes vers

Et regarder passer les vers

De terre

 

pour les impromptus

05.02.2007

Je connaissais bien le patron

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 Tout le monde m’appelle Lola, c’est plus joli que Dolorès, même si depuis quelques temps, je ne me sens plus trop dans mon assiette. Pourtant tout allait comme sur des roulettes. J’étais caissière chez Tartanpion et en quelques mois seulement j’ai gravi tous les échelons ! Mon homme était fier de moi, que je travaille à l’Administration. Pour fêter ma promotion il m’a emmenée à Euro-Disney. Il était doux comme un mouton, comme il ne l’avait jamais été ! Il est parti il y a trois semaines, après le coup de fil de l’inspection, je ne comprends toujours pas pourquoi il m’a dit comme ça en partant, qu’au travail je portais des cuissardes et que je connaissais bien le patron.

 

04.02.2007

L'élan créatif

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Je me baladais sur mon caribou
Lorsque je vous vis, vous
Mon élan créatif
Allons conter fleurette
Puisque le monde est fou !
Sans tambour ni trompette
En souverain pontife
Vous enfourchâtes mon caribou

09.01.2007

Le chien de mon dentiste

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Mon dentiste est un chien ! Pourquoi ne pas en changer me diriez-vous ? Et vous auriez raison, ce ne sont pas les dentistes qui manquent en ville.. Mais c’est que j’y suis très attachée ! Depuis dix ans que nous nous connaissons il s’est installé entre nous une confiance et une complicité réciproques. Pas besoin de parler, nul besoin de flatteries, et puis, il n’est pas laid ! Soigné, il a le poil ras sur le crâne, ses yeux tristes et larmoyants lui donnent cet air canin qui me rassure, au fil du temps je me suis habituée à ses petits grognements qu’il pousse lorsque nous sommes ensemble. Il y a une chose à laquelle pourtant j’ai eu du mal à me faire : son haleine. Mais la confiance qu’il m’inspire a pris le dessus sur ce désagrément dont somme toute il n’est pas le seul à souffrir..
Je le trouve très esseulé, en dix ans je n’ai jamais vu personne entrer ou sortir de chez lui, peut-être est-il un peu sauvage ? Quoiqu’il en soit j’ai renoncé depuis longtemps à le recommander autour de moi et de ce fait à l’aider à combler son emploi du temps. En effet, je n’ai jamais bien su comment répondre à la question que l’on me posait immanquablement : « Pourquoi m’as tu fait prendre rendez-vous avec le chien du dentiste ? ».

 

21.12.2006

L'invité(e) inopportun

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 Il devait être 22 heures lorsque Fortunée s’aperçut qu’il manquait un invité à sa soirée de Réveillon. Tous les convives étaient à présent réunis autour de la table et discutaient à bâtons rompus. Hormis Fortunée, qui avait revêtu son fourreau en maille argenté, les femmes étaient en rouge et les hommes en vert, assortis à l’arbre de Noël. C’est ainsi qu’elle avait souhaité que cela se passe, dans le moindre détail. Sa gorge se noua et ses yeux s’embuèrent à la vue de cette place inoccupée en bout de table.

- Qui attendons nous ? , s’enquit un des convives
- Monsieur Portun, répondit Fortunée dans un sanglot.
- Ah ! , s’écrièrent-ils en chœur, l’invité Ino Portun !

 

30.10.2006

Les plages de l'automne

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Il y a des petits automnes
Qui se moquent du monde !
Je les observe de loin s’étirer sur les plages
Ils se roulent dans les feuilles et couinent
Comme des canards sauvages
J’en ai un dans les cheveux
Qui fait semblant de dormir, la tête dans les nuages
Mais je ne suis pas née de la dernière pluie …
Et s’il le faut, qu’il aille se plaindre au diable
Je ne sortirai plus sans mon imperméable !

 

28.09.2006

Le secret se dévoile

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Elle a rangé son secret
Dans un pot de confiture
Elle l’a caché dans le buffet
Elle a fermé le buffet à clé
Puis elle a caché la clé
Dans un pot de confiture
Elle l’a enveloppé de papier
Puis rangé dans le placard
Au milieu de tout le bazar
Dont elle ne se sert jamais
Elle a bien fermé à clé
Puis elle a caché cette clé
Dans un pot de confiture
Elle est morte depuis cent ans
Je ne connais pas le secret
Mais il y a une chose dont je suis sûre
C’est que je n’aime pas les confitures !

 

22.09.2006

Les mauvais génies

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J’ai un génie mauvais qui se fait de la bile
Il m’en aura fait voir pourtant
Pendant pas mal de temps
Mais je ne lui en veux pas
C’est ça qui le déprime
Quand je souris il a les yeux qui plissent
Et quand je ris il rapetisse
Parfois je m’apitoie, il me manquerait presque !
Mais je trouve qu’il a l’air con
Avec sa tête de cafard
Et ses yeux de bourdon

07.09.2006

Les visions de Mme Irma

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J’ai consulté l’oracle
Je suis allée voir le pape
Je me suis baignée à Calcutta
J’ai visité madame Irma
J’ai fait des contorsions
Je me suis enlevé les capitons
Je me suis roulée dans la farine
Et enrôlée dans la marine
J’ai fait la queue chez le rebouteux
J’ai cotisé pour les lépreux
Mais je ne sais toujours pas
Quand est-ce qu’il reviendra ?

31.08.2006

Une bouteille dans le sable

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Quand tu m’as dit tout bas
Que tu ne m’aimais pas
Je n’étais plus qu’un animal
Un être étrange un végétal
J’ai hurlé à la lune
Agrippée aux rochers
Que tu m’avais donnés
Emportée par les vagues
Prisonnière des algues
Et ramenée par le vent
Sur le rivage
Je suis statue de sel
Tu ne me verras pas
Lorsque tu reviendras
Sur ton navire en marbre
Il ne reste de moi
Que la trace de mes doigts
Sur une bouteille bleue
Echouée sur le sable

 

 

15.08.2006

Un pont sur l'atlantique

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S’il existait un pont sur l’Atlantique
Tu ne serais pas ici
Un pont en bois usé par le sel et le vent
Chaque jour éveillé par la musique du temps
J’en ai bien trop rêvé
Et fait trop de valises qui pleurent au fond de l’eau
Construit trop de passerelles brisées par le chagrin
Venant de nulle part pour ne mener à rien
Je ne veux plus de pont, je n’ai plus peur de toi
Je me suis fait des ailes
Pour t’emmener avec moi..

 

09.08.2006

Vice et version

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Je voudrais être ton vice
En version originale
En petite tenue
De petite vertu
Et si tu meurs
Je veux que tu m’emmènes
Au carnaval
Comme Eurydice

01.08.2006

Exercices de style

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Outrage

Elle se promenait dans les rayons avec ses gros nichons
Et tripotait, jambes nues, une rangée de melons
Sous le regard graveleux mais néanmoins savant
D'un monsieur pas tout jeune à l'allure bureaucrate...
Quel ne fut son dépit quand, pour une autre,
Elle se fit planter là par l'infâme phallocrate !
Laissant tomber melons elle se chargea de prunes
Et c'est un peu plus tard que je la retrouvais
En compagnie d'un gars à peu près de son âge
Au milieu des cartons conserves et aromates,
Offensée, griffes dehors, hurlant comme une chatte
Relatant le récit de l'incroyable outrage
Avant de s'en aller vers d'autres rayonnages...

 

 

22.07.2006

La roue tourne, mais elle prend son temps

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J ‘ai installé ma roue
Au fond de mon jardin
J’ai mis un écriteau
Qui dit halte au destin !
C’est un jardin secret
Haut en couleurs
A petits pois
Et à ombrelles à fleurs

J’y fais des galipettes
Et de la balançoire
J’actionne la manivelle
Au gré de mes envies
Sur la montagne russe
Et sur le toboggan
Je vais toujours nus-pieds
Et les cheveux au vent
Je fais le funambule
Sur le fil de mon temps
Et puis je me fais belle
Car c’est lui mon amant
Et c’est lui qui me prend

 

12.07.2006

Mon orgueil traînait dans la boue

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Moi qui ne suis plus moi
Accrochée à ta bouche
Emportée, dévastée par l’effroyable flot,
Infini, incessant
Entraînant mon orgueil
Dans la boue de tes mots
Harassants
Engloutie, évanouie
Dans tes yeux de folie, éperdue
Egarée
Dans une mer inconnue
Moi qui ne suis plus moi
Toi qui ne me vois plus

 

07.07.2006

A l'ombre du figuier

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Je l’ai tout de suite vu, l’air nonchalant
Se balancer dans le hamac
J’aurais tout fait pour qu’il me voit
Et j’ai bien fait n’importe quoi
Je lui ai d’abord fait des confitures
Puis je lui ai ciré ses chaussures
Je lui ai fait la danse du ventre
Dans ma jupette à franges
J’ai fait le poirier en kimono
J’ai défilé en bikini
J’ai fait la roue en plumes de paon
J’ai fait l’abeille qui fait son miel
Déguisée en arbre de noël ...
Mais ce qui l’a fait craquer
C ‘est que je lui masse les pieds
A l’ombre du figuier...

 

01.07.2006

Prémonition

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J’ai fait un rêve en forme de poire
Un rêve prémonitoire
Il s’est inscrit au petit matin
Dans le creux de ma main
Coquelicots et pommes de pin
Baisers musqués, étreintes boisées
Oasis et roseraies !
Alors j’ai dit oui dans le jardin
Quand il me desserra le poing
Pour en sortir des papillons,
Serpentins et cotillons

 

25.06.2006

Dans l'objectif de l'appareil photo

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Il y a des jours qui ressemblent à des rêves
Et des rêves qui ressemblent à la vie
Ce jour-là je me suis retrouvée à cet endroit précis
Sans savoir comment ni pourquoi
J’ai dû marcher sans réfléchir
Ou peut-être bien l’inverse
J’ai vu ta mouette, j’ai aperçu ton bateau
Et dans l’objectif je t’ai vu toi
Allongé sur le petit ponton
Qui descend vers la mer
Silencieux entre les pierres
Tes mains larges couvertes de terre
Et tes yeux de noyé bleus délavés
Alors j’ai appuyé
Honteuse de t’avoir volé
Peut-être un jour me diras-tu
Pourquoi sur cette photo
Je ne t’y ai jamais vu ..

 

21.06.2006

... dans les nuages

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Regarde moi
Comme la terre regarde le ciel, comme le ciel les océans
Écoute moi
Comme l’oiseau écoute la brise, ses secrets, ses chuchotements

Parle moi
Comme la pluie parle à la terre, la marée aux goélands
Berce moi
Comme les flots bercent le navire et comme les voiles volent au vent
Caresse moi
Comme la mer caresse le sable, comme le sable mes tourments
Prends moi
Comme le galion prend le large et nos visages le temps
Aime moi
Comme le marin aime la mer, par dessus-tout et désespérément
Emmène moi avec toi
Je me ferai étoile, je suivrai ton sillage
Par delà l’horizon , jusque dans les nuages .

 

16.06.2006

Le jour où la lettre arriva

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Le jour où la lettre arriva,
Et que j’entendis tambouriner à ma porte
Je me tenais face à la fenêtre et regardais,
Immobile, engourdie, comme enveloppée de bois,
Le rideau de pluie folle qui tombait au dehors.
J’ai le souvenir confus d’avoir ressenti
Un mal-être inconnu m’envahir.
Peut-être fut-ce à ce moment-là que la porte du rêve se referma sur moi.
J’eus du mal à me déplacer, et le temps sembla encore
Et encore prendre son temps, lentement
J’ouvris sans bruit, un autre corps à la place de mon corps,
Le sourire triste de l’homme, son regard effrayé lorsqu’il me tendit la lettre

Celle-là même que je tiens aujourd’hui entre les mains
L’enveloppe claire et humide,
L’écriture ronde et bleue, la mienne,
Légèrement délavée, me laissant deviner les syllabes de mon nom
Etrangement lointain et familier pourtant.
Cette écriture me parle, cette voix que je perçois
Et qui semble surgir de l’au-delà de moi
Lorsque je la lis et relis, au rythme de la pluie,
Lorsque je vis et revis ce jour là,
Le jour où la lettre arriva,
J’entends tambouriner à ma porte
Je me tiens immobile et regarde à la fenêtre,
Engourdie, comme enveloppée de bois,
Le rideau de pluie folle qui tombe au dehors
Et au-dedans de moi.
Sans doute fut-ce à ce moment-là que la porte du rêve se referma sur moi,
Qu’elle me fit prisonnière de ce songe sans lune,
Labyrinthe en sommeil et ses couloirs de brume..

 

05.06.2006

Les lumières dans la plaine

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Il fait bon sous la lune
Aux lumières de la plaine
Les brindilles d’étoiles
S’éfilent sur les arbres
Parsèment sur les ombres
Leur poudre scintillante
Il fait beau dans la lune
Au dessus de la plaine
Toute habillée d’émeraude
Et d’argentés rivages
Des vallons aux collines
Ses ailes vagabondes
S’élancent
Par delà les nuages

 

02.06.2006

Le septième jour

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Le jour de notre rencontre fut un samedi
Je m’en souviens car le samedi précédent j’avais tiré le roi de cœur au tarot
Il m’a prise dans ses bras et j’ai senti son souffle au creux de mon oreille
Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai su
Puis il m’a appelée le lendemain, dimanche
A nouveau j’ai ressenti ce trouble indéfinissable en entendant sa voix
Il était quinze heures, je le sais car j’ai regardé ma montre en raccrochant
Et je me suis souvenue qu’une semaine auparavant
Je pleurais doucement
Devant mon roi en confettis éparpillé sur le sol
Chaque jour est pour moi le septième d’un autre
Un par un, chacun leur tour et me relient à lui
Ainsi s’écoulent les mois, ainsi mon temps se passe
Depuis le septième jour de ce fameux samedi
Depuis qu’il est parti

23.05.2006

Une tasse de café bouillant

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Une tasse de café bouillant
A la main
Un sourire à l’envers et le regard en biais
Sentir encore, humer
Ce grain de peau cannelle
Arôme arabica
Garder les yeux ouverts
M’offrir à la lumière
Du filtre de ces yeux
Ce goût moka me moud
Je sens, je me dissous
C’est expresso, instantané
Alors,
Ne plus bouger, me torréfier
Attendre au bois dormant
Demain, encore,
Une tasse de café bouillant

 

 

18.05.2006

Les pieds dans le sable

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Ils les ont jeté dans la mer, notre océan
Croyaient-ils qu’il ne le saurait pas ?

Il les a accueilli vagues ouvertes fraîches de vie
En son majestueux lit bleu au tapis doux d’écume
Il les a orné de colliers d’algues
D’étoiles marines
Et de perles de sel
Il les berce sans fin
De marées en marées
Dans un langoureux va-et-vient
Ils ne reviendront pas
Mais j’aime à croire qu’ils sont là
Et qu’ils reposent enfin
Quand je leur parle et leur souris
Ivre du vent du large
Accroupie sur la mousse
Les pieds dans le sable

 

11.05.2006

L'idiot du village

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Je fais collection de nains de jardin
Je pense qu’à ce jour je dois pouvoir en compter une trentaine !
Ils sont la famille que je n’ai jamais eue.
Pour les amis, que je n’ai jamais eu non plus,
j’en ai entrepris une deuxième, de têtes réduites.
Alors voilà, je me sens moins seul ..
Et bien que je n’ai plus beaucoup de place dans mon cabanon,
je compte bien aller jusqu’au bout !
Il me manque encore la femme du maire, mais elle n’est pas encore rentrée de vacances.
Elle sera sans doute surprise de me voir à la gare ce soir, et tentera de me fuir, comme d’habitude, après m’avoir affublé de tous les noms de crétins ou autres…
Mais si je lui dit que son mari est chez moi je ne crois vraiment pas qu’elle refuse de me suivre..

Et puis comme ça, j’aurais tout le village à la maison !

Moralité : n’est pas toujours idiot qui semble l’être

 

04.05.2006

Je suis un ange déchu

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Peut-être n’étais-je pas un ange comme les autres
Dès que je le pouvais je descendais de mon piédestal
Je m’y plaisais pourtant
J’aimais bien tourner dessus comme une danseuse,
Bras levés, ailes croisées
Faire tomber sur moi des flocons de neige comme dans une boule de cristal
Et puis battre des cils comme une poupée animée
Mais il y avait Lui
Lui qui rôdait chaque soir autour de mon nuage
Et qui m’invitait jour après jour à le rejoindre

Son regard,
M’accablant de désir et de peur
Un mélange infernal ! Une mixture démoniaque !
Son souffle chaud, ses mots de feu
Insensés, qui font perdre la tête !
Me consumant toute entière
L’un après l’autre
Son rire de fou qui éclatait sur moi comme une tempête !
Et son allure de prince rebelle dans ses habits de fête
Puis encore ses mains chaudes qui faisaient frémir mes ailes
Ses torrides baisers, ses caresses endiablées
Et sa langue fourchue, ses oreilles pointues !
Je suis tombée un soir de mon socle en coton
Et j’ai tout fait brûler : mes ailes, mon statut, ma mission
Et ma réputation
Egarée dans les bras de ce dément démon..

 

25.04.2006

Lipogramme en E

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Il jouait dans un piano-bar
Incognito à Zanzibar,
Mon matador.
Il n’y a pas photo
J’aurais du fuir l’original !
Trop poilu trop trapu
Puis un air trop glacial
Tant pis pour moi
Il m’a tout pris :
Mon latin, mon culot, mon aplomb,
Quand il a mis sa main
Sous mon jupon

 

21.04.2006

A bout de souffle

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J’ai fait naufrage sur cette île
Qui ne m’était pourtant pas si étrangère
Ai longé les rivages des jours durant
Peut être même des semaines
Mais qu’importe le temps
Traversé ses forêts, escaladé ses collines,
Tantôt couvertes de mousse et tantôt de rocaille
Et ses escarpements
Ses vallées de poussière
Ses précipices, ses interstices
Ecorchée par les lames sur
Ses passages de vent
Brûlée de cendres
Et mordue par les flammes
De son désert de glace
Errante dans le silence
Des souterrains géants
Sur cette île sans lumière
Sans répit, anéantie enfin,
Ai fait corps avec elle
Echouée au fond du gouffre
De soufre,
A bout de souffle

 

17.02.2006

Courrier du coeur

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A Luc, Le Bateleur

 

Des mots, du beau

Du brut diamant

Du bon, du doux

Du rêve au chaud

Des peines salées

Des songes voilés

Des hommes secrets

Des femmes ailées

Vous êtes le roi

Vous êtes le fou

Des anges

Des fous qui se balance

Juste

Au-dessus de nous

 

pour le Coîtus impromptus II

 

10.12.2005

La lune dans le caniveau

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J'ai donné ma lune au loup

Ma lune pâle au clair de lune

Ma demi-lune, ma lune en O

J'ai donné ma lune au fou

Et mon ami Pierrot

A jeté mes plumes

Dans le caniveau

 

 pour le Coîtus impromptus I

07.11.2005

Il posa son doigt sur l'interrupteur

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Il posa son doigt sur l'interrupteur

Je crois bien avoir sursauté à ce moment-là

En découvrant, dans la lumière blafarde diffusée par mes yeux

Son visage grimaçant

Je ne voulais pas qu'il m'allume !

 

pour le coîtus impromptus I

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